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Oscar NIEMEYER

Il aurait eu 105 ans le 15 décembre, mais il y a dix jours, est décédé l'un des plus célèbres architectes modernes du monde : Oscar Niemeyer.

La carrière internationale de cet architecte brésilien et communiste (qui veut porter l'architecture et l'art au service du peuple) s’est déroulée principalement entre le Brésil et la France, son pays d’adoption quand il dut s’exiler en 1965 en raison de la dictature.

Oscar Niemeyer a imaginé et construit un mégaprojet : la ville de Brasilia. Au milieu d'une jungle ingrate, dans le centre quasi désertique du pays, avec deux partenaires essentiels - le président de la République du Brésil, Juscelino Kubitscheck, et l'urbaniste Lucio Costa -, Oscar Niemeyer a bâti une capitale utopique, une ville d'une exceptionnelle modernité.

La capitale du futur

Ainsi, Brasília, capitale du futur fut créée de toutes pièces en un temps record (4 ans), de 1956 à 1960, soient 1000 jours. Inaugurée en 1960, elle remplace Rio. Le but de ce changement de capitale, était d’attirer la population et l’activité économique qui, au Brésil, sont concentrées sur les régions côtières. Cinquante ans plus tard, l’agglomération de Brasilia compte 2,5 millions d’habitants, ce qui en fait la quatrième ville la plus peuplée du pays. Pari gagné !

Le plan d'urbanisme

Brasilia est un monument du modernisme urbanistique et architectural. Les poètes diront que le plan d'urbanisme représente un oiseau aux ailes déployées. L'urbaniste Lucio Costa, dira que le plan a la forme d'une croix, renvoyant à l’imaginaire du défricheur et du fondateur : « geste de celui qui désigne un site ou se l’approprie » en dessinant une croix.

Mais le plan d’urbanisme en forme d'avion est une illustration de l'idée que les trois hommes se font de la ville utopique. Un plan très original, qui soulignera l'importance de l'essor de ce moyen de transport, symbole de modernité.

Le plan est donc simple malgré son originalité. Dans le fuselage de l'avion, sont rrgroupés sur l’axe principal (une grande avenue), toutes les institutions politiques du pays : le palais présidentiel, les ministères, le bâtiment du Congrès, le sénat… Les bâtiments sont séparés par d'immenses espaces verts (Niemeyer travaille avec le paysagiste Roberto Burle Marx).

Poursuivons la comparaison : dans les ailes d'un avion, on stocke le carburant. À Brasilia, ce sont les habitants (soit la force de travail sans laquelle les services gouvernementaux ne peuvent fonctionner) qui résident dans les ailes. Chaque activité est rassemblée par quartier : zone résidentielle, quartier des hôtels, etc.

Brasilia devient alors le symbole d’un Brésil nouveau, prenant son envol, sortant de l’âge colonial pour entrer résolument dans l’ère moderne. Si les États-Unis ont réalisé leur conquête de l’Ouest par le train, le Brésil entreprend la sienne par l’avion. L’avion est présent à chaque étape de la construction de Brasília. Le choix du site se fait grâce aux photos aériennes. Les personnalités, ouvriers et matériaux sont acheminés par avion. La première construction majeure est une piste d'atterissage...

Brasilia est immense, et les distances sont si longues pour traverser la ville, qu'elle n’est pas faite pour les piétons. D'autant plus que marcher, n'est pas un moyen de locomation de l'homme ou de la femme moderne, qui utilise la voiture… Et les rues de la ville sont si larges (parfois à quatre voies) qu'on a l’impression de rouler sur une autoroute.

L'architecture moderne

Brasilia, médiatisée comme “ville de demain”, a servi à promouvoir l’architecture et l’urbanisme modernes… La ville fascine les architectes et le grand public. On voit des images de Brasilia dans des publicités, au cinéma, comme décors de films de science-fiction... Dans le film "L’Homme de Rio", (Philippe de Broca, 1964), L'acteur français Jean-Paul Belmondo est pourchassé dans le chantier des ministères en construction, nous faisant ainsi découvrir une future ville à l'architecture remarquable (voir l'extrait plus bas).

Oscar Niemeyer a travaillé avec le célèbre architecte moderne français Le Corbusier (pour le siège des Nations unies à New York). Mais Oscar Niemeyer s'écarte des principes de Le Corbusier - qui privilégie les angles droits - pour donner au béton armé la forme de courbes, d'arcs, de coques. Il s'inspire des formes de la nature. «Seule m’attire la courbe libre et sensuelle de la nature, la courbe des montagnes, des vagues de la mer, des nuages du ciel, du corps de la femme préférée», disait-il. Le Corbusier lui avait fait remarquer: «Tu sais, Oscar, tu es assez bon pour le baroque ! ».

Les formes monumentales et sensuelles des bâtiments restent simples. Les volumes sont immenses, mais de formes élémentaires, cubes, parallélépipèdes ou demi-sphères, construits en verre ou en béton. Les courbes libres inspirées des corps féminins et des montagnes, sont une nouveauté dans l'architecture en béton. Il devient le fondateur de l'architecture contemporaine. Parmi les plus spectaculaires, le Sénat et la Chambre des députés, dont les coupoles inversées se répondent, ou encore la cathédrale. D'une forme simplissime : le bâtiment est constitué de seize arcs de béton, plantés à l'oblique, surmontés d'un toit circulaire plat.

L'influence de Le Corbusier est partout : pilotis pour ne pas couper la perspective de la plaine, façades de verre, brise-soleil, toits-terrasses, utilisation systématique du béton (choisi aussi pour son faible coût), comme à Chandigarh, en Inde, où l'architecte français tente à la même époque une expérience similaire.

Une utopie réalisée ?

L’utopie de Brasilia reposait sur un double postulat : l’organisation de la ville devait être un antidote à la séparation des classes sociales et l’architecture devait prévenir la discrimination sociale et forcer le mode de vie. Malheureusement, rapidement, on assiste au « renversement de l’utopie ». Tandis que Brasilia abrite essentiellement une population de fonctionnaires, les classes populaires qui l'ont construite et y travaillent s'entassent dans des villes-satellites, loin de la capitale.

"On pensait que ce serait une cité heureuse. Mais une fois qu'elle a été terminée, j’ai eu un choc: comme toutes les villes brésiliennes, c'est une ville de la discrimination, de l'injustice, de la séparation entre les riches et les pauvres", avait confié Niemeyer en 2005 à l'Humanité (journal communiste français).

Ses détracteurs critiquent le "tout voiture" - une obligation dans cette ville sans trottoirs, où personne ne marche - et ses embouteillages, le cloisonnement des activités (le quartier des bureaux, des hôtels, des loisirs, des commerces...), ses immenses espaces vides et ses mornes fins de semaine.

Par contre, faire de cette ville nouvelle, une capitale politique et économique est un projet réussi. Depuis 1987, Brasilia est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité (décision de l’UNESCO).

Brasilia en images et en musique

À la même époque au Brésil, naît une nouvelle musique : la bossa-nova. João Gilberto chante "Desafinado" en 1958.

" Le projet de Brasilia se distingue particulièrement par sa localisation géographique, très lointaine pour un public américain et européen: la ville sera ainsi appréhendable exclusivement par le biais d’images, plus faciles à mettre en scène et à contrôler qu’un espace réel. Les représentations de Brasilia, largement diffusées dans les mass media, auraient ainsi été mises en œuvre afin d’encourager le grand public à se réconcilier, prendre confiance, ou encore apprendre à apprécier l’urbanisme moderne, qui peinait toujours à remporter l’adhésion dans les années 1960." (Marie-Madeleine Ozdoba - 06/12/2012http://culturevisuelle.org/blog/11304)

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"L'Homme de Rio",  film franco-italien réalisé par Philippe de Broca, avec Jean-Paul belmondo,1964.

"L'Homme de Rio", film franco-italien réalisé par Philippe de Broca, avec Jean-Paul belmondo,1964.

"L'Homme de Rio", film franco-italien réalisé par Philippe de Broca, avec Jean-Paul belmondo,1964.

Cathédrale Brasilia, Oscar Niemeyer.Cathédrale Brasilia, Oscar Niemeyer.

Cathédrale Brasilia, Oscar Niemeyer.

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Brasilia Photo de Lucien HERVÉ

Brasilia Photo de Lucien HERVÉ

BrasiliaPhoto julius-shulman-view-of-ministry-of-justice-and-government-building-from-senate-building-1977

BrasiliaPhoto julius-shulman-view-of-ministry-of-justice-and-government-building-from-senate-building-1977

BrasiliaPhoto rene-burri-MAGNUM-PHOTOS-1960

BrasiliaPhoto rene-burri-MAGNUM-PHOTOS-1960

BrasiliaPhoto rene-burri

BrasiliaPhoto rene-burri

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BrasiliaPhoto-construction-Marcel-Gautherot

BrasiliaPhoto-construction-Marcel-Gautherot

Parlement de Brasilia, Oscar Niemeyer.

Parlement de Brasilia, Oscar Niemeyer.

Palais présidentiel, Oscar Niemeyer.Palais présidentiel, Oscar Niemeyer.

Palais présidentiel, Oscar Niemeyer.

Musée national, Oscar Niemeyer.
Musée national, Oscar Niemeyer.

Musée national, Oscar Niemeyer.

Pont de Brasilia, Oscar Niemeyer. Avenue centrale.
Pont de Brasilia, Oscar Niemeyer. Avenue centrale.

Pont de Brasilia, Oscar Niemeyer. Avenue centrale.

Plan pilote de l'urbaniste Lucio COSTA.Plan pilote de l'urbaniste Lucio COSTA.

Plan pilote de l'urbaniste Lucio COSTA.

Rio de Janeiro, Musée d'Art Contemporain, 1996, Oscar Niemeyer.

Rio de Janeiro, Musée d'Art Contemporain, 1996, Oscar Niemeyer.

 Paris, Siège du Parti Communiste Français,1971, Oscar Niemeyer. Paris, Siège du Parti Communiste Français,1971, Oscar Niemeyer.

Paris, Siège du Parti Communiste Français,1971, Oscar Niemeyer.

Constantine, Auditorium de l'Université, 1977, Oscar Niemeyer.

Constantine, Auditorium de l'Université, 1977, Oscar Niemeyer.

Siège de l'ONU New-York, 1952, Oscar Niemeyer et Le Corbusier.

Siège de l'ONU New-York, 1952, Oscar Niemeyer et Le Corbusier.

Le Havre, Le Volcan, 1982, Oscar Niemeyer.

Le Havre, Le Volcan, 1982, Oscar Niemeyer.

Chaise Rio, Oscar Niemeyer.

Chaise Rio, Oscar Niemeyer.

Oscar Niemeyer.

Oscar Niemeyer.

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